#Challenge AZ – Q comme quand la guerre…

Quand la Seconde Guerre Mondiale éclate en septembre 1939, Agnès n’a que 13 ans.

« Cette période sera marquée dans la commune par le départ des hommes pour le front, l’arrivée de réfugiés venant des départements envahis, qu’il fallait loger, le rationnement des denrées alimentaires et des matières nécessaires à la vie quotidienne, pour la distribution desquelles, des cartes de rationnement seront instituées ; s’y ajouterons les réquisitions d’animaux, de produits agricoles et alimentaires. La pénurie s’installera. »

Les 22-23 juin 1940 tout le Morbihan est occupé par les Allemands.

« En 1942, un avion américain, participant à un raid sur Saint-Nazaire, fut attaqué par la chasse ennemie entre Molac et Villeneuve ; ailes en feu, l’avion revint sur la gare de Pleucadeuc, cherchant à se poser. Ne voyant aucun point d’atterrissage possible dans ce paysage de bois, de haies, de talus, il piqua sur l’étang de Gournava, s’enflamma, explosa et s’enfonça dans l’eau…Les aviateurs furent inhumés dans le cimetière de Pleucadeuc. »

« Une unité polonaise fuyant devant l’avance ennemie sera logée quelque temps au presbytère. En 1943, des militaires ennemis occuperont le bourg, s’installeront dans les deux écoles… Des résistants et réfractèrent au S.T.O. (Service du Travail Obligatoire) participeront à la résistance et au maquis de Saint-Marcel, à des actions de sabotage contre l’ennemi, en particulier sur la voie ferrée de Questembert à Ploërmel, au camouflage d’aviateurs alliés, tombés dans la région.» [Extraits de « Pleucadeuc » de Denise JOSSE-ELICOT, 1992]

Le maquis de Saint-Marcel près de Malestroit, au cœur des Landes de Lanvaux, est l’un des grands maquis mobilisateurs entrés dans l’histoire de France de la libération.

« La petite France », c’est ainsi qu’on nomme le maquis de Saint-Marcel : jusqu’à l’assaut des Allemands, près de 2500 maquisards sont présents et campent dans les bois. Début juin, de nombreux parachutages ont lieu. Toute cette agitation permet aux Allemands de repérer leur épicentre : Saint-Marcel. Au petit matin du 18 juin, 8 soldats allemands motorisés s’engagent sur la route de Saint-Marcel. Sept tombent sous les balles du poste de guet, le huitième donne l’alerte à Malestroit. En moins d’une heure, les Allemands sont sur place. Les maquisards devront faire face à 3 attaques successives dans la journée. Seul un bombardement aérien allié apportera un peu de répit. A la tombée de la nuit, les maquisards se dispersent sans oublier de faire sauter l’immense dépôt de munitions.

Une trentaine de Français auront trouvé la mort et 15 autres seront fait prisonniers. Les pertes sont plus lourdes du côté ennemi (300 à 500 hommes). La bataille connaît un énorme retentissement en Bretagne car pour la première fois, l’armée allemande est tenue en échec.

Après la dispersion, les maquisards continueront leur mission de harcèlement et de désorganisation des arrières de l’ennemi.

Après cet évènement, à Saint-Marcel et dans les communes environnantes, les maquisards sont traqués et les populations terrorisées. Les Allemands se vengent en incendiant le bourg de Saint-Marcel, en fusillant des civils souvent isolés, les blessés découverts dans les fermes alentours, en pratiquant une véritable chasse à l’homme.

Ma grand-mère Agnès a évoqué les perquisitions de l’ennemi dans les maisons : ainsi sont-ils venus dans celle où elle vivait avec son père, ont fouillé mais n’ont rien trouvé. Les fusils étaient cachés dans la niche du chien !

Elle m’a également raconté sa rencontre avec des soldats allemands alors qu’elle était allée chercher du lait ou du beurre avec des amies. Ils les ont laissées tranquilles. Mais elles eurent la peur de leur vie, sachant que d’autres n’avaient pas eu cette chance. Pour circuler, il fallait passer à travers les bois. Sa famille, comme toutes les autres, recevait des tickets de rationnement.

Malgré la guerre, la vie continue : le 04 janvier 1940, Agnès perdra sa sœur, Hélène, atteinte de la tuberculose. Elle avait 17 ans. Des mariages sont toujours célébrés, sans doute avec plus de sobriété. C’est ainsi qu’Agnès a dû assister au mariage de sa sœur aînée, Lucienne, avec Célestin BEDARD, le 13 janvier 1943 à Pleucadeuc. Le 18 novembre de la dite année, elle obtiendra un nouveau grade, celui de tante avec la naissance de son neveu, Alain BEDARD.

Guimard

Pleucadeuc perdra dix de ses enfants durant les combats des années 1939 et 1940. La famille d’Agnès sera concernée par le décès de son oncle par alliance, Jean-Pierre GUIMARD, époux d’Agnès BLANDIN (sœur de sa maman Sidonie BLANDIN), soldat décédé le 10 mai 1940 à Suippes dans la Marne dans sa 37ème année. (Faire-part de décès-archive privée)

Avec la percée d’Avranches, l’armée du Général Patton entre à Rennes le 4 août 1944 en compagnie des FFI Bretons. Par la suite, la Bretagne est libérée en quelques jours. Le 6 août Vannes (56) est libre donc Pleucadeuc où vit Agnès doit être libérée.

Mais des poches persistent autour des principaux ports comme Lorient, Saint-Nazaire ou Brest. Les raids aériens et les bombardements se poursuivent. Il faut attendre mai 1945 pour y mettre un terme. Le 8 mai 1945 est signé l’armistice qui met fin à 5 années de guerre. Toute la Bretagne est libérée.

Agnès a dû fêter cette victoire avec les autres villageois. Elle avait 18 ans.

Ma grand-mère a très peu évoqué cette période. Je regrette de ne pas lui avoir posé des questions à ce sujet avant 2001 et cette fichue maladie !

 

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#ChallengeAZ – P comme Pleucadeuc

Pleucadeuc vue

Située dans le sud du Morbihan en Bretagne, à égale distance entre Vannes et Redon (35), Pleucadeuc se trouve au cœur des Landes de Lanvaux.

Son origine remonte à Saint-Cadoc, anglais de naissance, prince de Glamorgand. « Le nom de Pleucadeuc en vieux breton Plou-Cadoc signifie la paroisse de Cadoc. Celui-ci participa avec St-Maugon…, et d’autres saints gallois (St Congard, St Perreux ou Petroc), au grand mouvement d’entreprise missionnaire et d’expansion monastique qui débuta au VIème siècle en Bretagne. »

Cadoc périt massacré par des infidèles lors d’invasions. Il est fêté le 21 septembre. Il était invoqué pour guérir les écrouelles, les maux d’oreilles, les morsures de serpents. Il était le patron des chevaliers bretons sur les champs de bataille.

Pleucadeuc est limité au nord par Malestroit et Saint-Marcel, à l’ouest par Bohal et Molac, au sud par Pluherlin, à l’est par Saint-Gravé et Saint-Congard. Sa superficie est de 3451 hectares, dont les deux tiers sont occupés par les landes de Lanvaux au sud et de Saint-Maugon au nord. Ces landes sont aujourd’hui en grande partie défrichées. La partie cultivée avoisine la rivière la Claie, qui coule de l’ouest à l’est. [carte site internet de la ville de Pleucadeuc]

Carte Pleucadeuc

C’est une commune typique de cette région, à l’habitat dispersé. La population en grande majorité rurale vivait dans des hameaux, qui permettaient un minimum de vie collective. Le Bourg ne jouait alors qu’un rôle secondaire : les habitants les plus éloignés ne s’y rendaient que pour la messe du dimanche où ils en profitaient pour s’approvisionner, pour la mairie afin d’enregistrer les actes de la vie, pour les célébrations religieuses (baptêmes, mariages, sépultures…)

Les recensements de la population de l’époque d’Agnès nous apprennent que le nombre d’habitants ne dépasse jamais les 1750 habitants [Sources : Ldh/EHESS/Cassini jusqu’en 1999 puis Insee à partir de 2006] :

recensement 1

recensement 2

Pleucadeuc avant 1970

P 1  P 2

P 3

Dans mes souvenirs, Pleucadeuc se présentait ainsi aux débuts des années 1980 : au cœur du village, l’église entourée de maisons et de commerces avec le restaurant, le café attenant à la boulangerie, l’épicerie de Ginette (et ces fameuses galettes !) dont le mari effectuait la tournée des hameaux, le boucher qui également effectuait sa tournée et une autre épicerie. Il existait aussi une petite supérette et une boucherie dans la rue menant vers Rochefort-en-Terre ; une station essence, un garage, un restaurant, un calvaire en allant vers Malestroit.

Pleucadeuc, c’est aussi toutes ses croix des chemins (au moins 19), ses 5 calvaires, ses chapelles et chapellenies, ses landes de Lanvaux, ses pierres, ses ruisseaux, ses étangs, ses manoirs et sa voie verte.

Depuis bientôt 50 ans, le 15 août est synonyme de fête à Pleucadeuc. Pendant très longtemps, ce fut une kermesse organisée par la paroisse avec une grosse animation qui a varié au cours du temps : d’abord une grande fête nautique d’ampleur régionale sur l’étang de Gournava, puis une noce bretonne.

A partir de 1981, ce fut une fête aérienne, née de la rencontre du maire, Monsieur Briend, débutant en parachutisme, et du nouveau recteur de la paroisse, l’abbé Louis Jarno, qui rêvait de le pratiquer. 13 ans durant, « Peppone » et « Dom Camillo » y sautèrent en parachute assurant spectacle et succès. Et je m’en souviens très bien car de la maison de ma grand-mère, nous les voyons sautés en parachute déguisés !

Aujourd’hui, et depuis 1994, à cause de règles administratives plus draconiennes, Pleucadeuc est devenue le « village des jumeaux » ou Rassemblement des Deux et plus, qui a acquis une belle notoriété. Se promener le week-end du 15 août à Pleucadeuc, c’est voir la vie en double !

mairie

Mairie actuelle – –« Pleucadeuc »de Denise Josse-Elicot

P 4   P 5
Pleucadeuc aujourd’hui

Blason      coiffes

Blason, devise de la ville et coiffes – « Pleucadeuc »de Denise Josse-Elicot

 

 

 

#ChallengeAZ – O comme ouvrière agricole

Au moment de son mariage, en 1949, ma grand-mère Agnès est dite ouvrière agricole. D’après la famille, elle l’était déjà au décès de son père en 1947. Sa sœur aînée Lucienne, épouse de Célestin Bédard, cultivateur, l’accueille chez elle en échange d’un travail quotidien dans leur ferme.

Quelle définition donnée à cette catégorie au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale ? Certains rapprochent l’ouvrier agricole du journalier du début du siècle. Pourtant, en 1949, dans l’acte de mariage d’Agnès, les futurs époux sont dits ouvriers agricoles mais les parents de l’époux, Jean Marie LE FIER DE BRAS et Jeanne LE CHÊNE sont journaliers. L’officier d’état civil marque une différence.

ouvrière

ouvrière a

Extraits de son acte de mariage-Archive privée-Mairie de Pleucadeuc

Le journalier, comme son nom l’indique, travaille à la journée. Ils travaillent donc au rythme des saisons et de la demande de main d’œuvre des exploitants ; en cas de mauvais temps, ils ne gagnent pas de salaire.

Agnès est ouvrière agricole : elle est embauchée dans la ferme de son beau-frère de façon permanente. Même si elle est nourrie et logée, elle doit percevoir un petit salaire.

Quels travaux lui étaient réservés sur l’exploitation ? Les défrichements, la fenaison, la moisson, les battages, le labour, les mises en culture, ce sont de gros travaux qui sont certainement réservés aux hommes ; le maraîchage, l’élevage, la traite, le jardin, les animaux de basse-cour, la cueillette des fruits, la récolte des légumes, le sarclage, le nettoyage de l’étable…petits travaux qu’Agnès a pu faire ?

Son beau-frère, Célestin Bédard, possédait des vaches quand j’étais enfant. Pendant les vacances, nous allions chercher du lait à la ferme.

Ma mère m’apprend que ma grand-mère s’occupait de la traite des vaches à la main, participait à la culture des betteraves, au fauchage dans les champs à l’aide de faux, de faucille ou de serpette lors des moissons. Je me souviens avoir vu ces outils dans le hangar de mes grands-parents. Ce devait être un travail harassant car il fallait se pencher avec la faucille pour couper les herbes.

Mes grands-parents les utilisaient encore pour couper l’herbe de leur propriété. J’ai essayé cette faucille et c’était fatigant pour le dos !

La faux disposait d’un manche long ce qui permettait à l’ouvrier de rester presque droit pour couper le foin au moment de la fenaison ou des céréales au moment de la moisson. Manuelle à l’époque d’Agnès, la moisson consistait à confectionner des gerbes qui étaient entassées en meules, le temps que sèche la récolte avant le battage (séparation des grains de la paille). Le ramassage devait se faire avant les pluies. C’étaient le temps où tout le monde venait aider aux champs, même les écoles fermaient pour laisser les enfants participer aux travaux pendant le mois d’août.

Après son mariage, ma grand-mère sera mère au foyer comme beaucoup de femmes à cette époque. Les hommes partaient au travail et les épouses s’occupaient de la maison. Agnès n’échappe pas à cette règle mais aurait-elle souhaité travailler ?

La maison devient son domaine : ménage, cuisine, enfants, lessive, jardin, animaux de basse-cour (lapins, poules…), courses…

moisson

Moisson fauchage des blés-Musée de Bretagne

 

 

#ChallengeAZ – N comme naissance

Vendredi 25 juin 1926, il est 19 heures ! Le jour commence à décliner en ce cinquième jour d’été sur la commune de Binarville, dans la Marne.

Dans une des maisons, des femmes s’affairent autour de Sidonie, 23 ans, qui vient de mettre au monde une petite fille, son cinquième enfant. La sage-femme s’occupe du bébé qu’il faut emmailloté au plus vite pour qu’il ne prenne pas froid.

Une voisine installe le mieux possible la maman dans le lit conjugal afin qu’elle se repose. Jean-Louis, le père, peut enfin entrer dans les lieux et s’assurer que tout le monde va bien. Dans l’après-midi, un voisin est venu le chercher sur son lieu de travail pour le prévenir que sa femme allait accoucher.

Jean-Louis est manouvrier. Il travaille à l’extérieur toute la journée. Ce matin, il a quitté la maison sans se douter que la famille allait s’agrandir aujourd’hui. Aucun signe avant-coureur, pas de contraction ! Il a dû prévenir son chef de chantier qui l’a laissé partir.

Arrivé devant la porte de sa maison, il a dû attendre quelques heures avant d’entendre les cris du nouveau-né. Un accouchement, c’est une histoire de femmes et de docteur ! Ses autres enfants jouent dans la rue. Une voisine les a surveillés jusqu’à son retour et se propose de les garder cette nuit pour que son épouse puisse se rétablir tranquillement. Jean-Louis est touché par cette attention et accepte volontiers.

Il est vrai que sans famille proche autour de soi – le couple est arrivé de Bretagne en 1920 – il est difficile de tout gérer seul et l’entraide du voisinage devient primordiale. Les enfants sont ravis de pouvoir passer du temps avec leurs petits camarades même s’ils sont impatients de faire connaissance avec leur nouvelle petite sœur. Eugène est un peu déçu ; il aurait aimé avoir un petit frère. Lucienne, la sœur aînée, de presque 6 ans, aurait déjà voulu s’occuper du bébé. Hélène, du haut de ses 3 ans, a juste besoin de voir sa maman. Mais il va falloir encore patienter jusqu’à demain !

Jean-Louis retrouve Sidonie après avoir embrassé ses enfants et leur avoir promis de venir les chercher dès le matin pour leur présenter leur petite sœur. Il faut choisir un prénom pour cette demoiselle. Le couple réfléchit un peu mais la fatigue finit par les emporter.

Au petit matin, la discussion reprend et les parents finissent par choisir Agnès Raymonde Marie. Le choix du prénom Marie s’explique facilement. C’est une tradition familiale et bretonne : l’enfant, fille ou garçon (mon frère a ce prénom en dernière position), est habituellement placé sous la protection de la Vierge pour le préserver des maladies et de la mortalité infantile. Jean-Louis ne le porte pas mais c’est le seul de sa fratrie.

Et qu’en est-il pour Agnès ? Sidonie a bien une sœur benjamine qui porte ce prénom, et même une tante paternelle. Une volonté de continuer une tradition : en l’état actuel de mes recherches, pas d’autre Agnès en vue. Les parents ont peut-être choisi la sœur ou la tante comme marraine, et parfois, il est de tradition de donner au nouveau-né le prénom de son parrain ou de sa marraine. Seul son acte de baptême pourra me le confirmer.

En ce qui concerne Raymonde, c’est un mystère. Pour l’instant, pas de Raymond dans ma généalogie, en tout cas dans les branches Philippo et Blandin. Une relation peut-être, un parrain choisi en dehors de la famille. Là aussi il me faut son acte de baptême !

Jean-Louis se lève et quitte la maison. Il se présente chez la voisine qui l’accueille chaleureusement. Les enfants sont prêts pour rendre leur première visite à leur petite sœur. Ils sont impatients, un peu énervés, excités par cet évènement. Surtout les deux derniers, qui n’ont jamais connu de naissance : lorsque Hélène est née, Eugène n’avait que un an.

La petite fratrie prend le chemin du retour et se retrouve devant la porte de la maison. Jean-Louis leur donne les dernières recommandations avant d’ouvrir la porte. C’est le calme dans la maisonnée ! Les enfants s’approchent du lit où se trouve leur mère. Ils sont heureux de voir qu’elle va bien.

Sidonie leur présente alors la nouvelle venue : « Je vous présente Agnès. » La petite dort paisiblement dans les bras de sa mère. Les enfants sont à la fois émerveillés et perplexes devant cet être si petit qui vient d’agrandir la famille.

Après le déjeuner, Jean-Louis prend la direction de la mairie de Binarville avec la petite dans les bras. Il se présente à treize heures à l’officier d’état civil qui rédige l’acte de naissance d’Agnès Raymonde Marie, fille de Jean Louis PHILIPPO et de Sidonie Marie Clémentine BLANDIN. Il signe au bas de l’acte « Philippot » !

mamie petite

La déclaration faite et enregistrée, il regagne son foyer. Le lendemain, il doit retourner travailler.

Agnès commence alors une vie qui ne s’arrêtera qu’à l’âge de 83 ans.

 

Acte Naissance-Mairie de Binarville-Archive privée

N mamie

 

 

 

#ChallengeAZ – M comme Marouaouds

C’est le surnom donné aux défricheurs des landes ingrates du Morbihan et du sud de l’Ille-et-Vilaine entre 1850 et 1900. De grands propriétaires firent appel à des fermiers venus pour la plupart de la Loire-inférieure, du pays nantais. Pourquoi ?

En 1822, le comte de Chazelle, préfet du Morbihan, demande aux maires des communes de Molac, Pluherlin et Pleucadeuc, de vendre à bas prix aux paysans ces landes qui pourraient être valorisées et qui pourraient améliorer leurs revenus.

« Malgré les grandes facilités de paiement accordées – le prix ne dépassant pas 1fr20 l’are et un délai de 10 ans était consenti – beaucoup ne purent acquitter leurs dettes » et leurs terres furent vendues aux enchères…à ceux qui avaient de l’argent, les Nantais.

Ces paysans avaient des techniques et du matériel plus modernes pour travailler la terre. Ils défrichèrent et plantèrent châtaigniers, chênes, pins… Ils réussirent à cultiver des plantes fourragères comme le trèfle et le colza, des légumes comme des choux, des betteraves…

« Dès lors, le choix de la main d’œuvre utile pour la mise en valeur de ces vastes étendues jusqu’alors à peu près incultes, ne faisait pas de doute. Il était naturel que ces Nantais fassent appel à d’autres Nantais, qu’ils jugent plus capables et moins routiniers que les petits paysans de l’endroit. »

Ces derniers n’avaient pas les moyens financiers pour améliorer leurs cultures et défricher ce qui nécessitaient engrais et amendement alors trop coûteux : « l’état de pauvreté et de quasi-misère où vivotait la majorité des paysans dans la seconde moitié du siècle dernier [19ème], grattant leur terroir ingrat avec de faibles moyens, pour en tirer leur maigre subsistance ».

Ainsi s’installèrent plusieurs familles sur ces communes dont les familles Crusson et Blandin.ancêtres directs de ma grand-mère Agnès.

Des fermes furent créées, comme par exemple celle de Kerantoine à Pleucadeuc (K comme Kerantoine) par la famille Crusson arrivée de la commune d’Assérac (44) ; celle de la Ferme de Lanvaux à Pluherlin (56) par la famille Blandin venue de Blain (44)… (photographie de la ferme-Archives privées-article de Pierre Hervo « les infos » 1980)

Ferme lanvaux

 

Ces familles formaient une petite communauté, comme le font souvent les immigrés : ils se réunissaient entre eux, se mariaient entre eux.

Ainsi Jean Pierre Marie BLANDIN, le grand-père maternel de ma grand-mère Agnès, épouse-t-il en 1901 à Pleucadeuc (56), Aimée Mathurine Marie CRUSSON.

Le même jour, sa sœur Jeanne BLANDIN épousera Ernest CRUSSON, frère d’Aimée.

En 1914, à Pleucadeuc, c’est au tour de son frère Clément BLANDIN d’épouser une sœur d’Aimée, Albertine CRUSSON.

Quant à sa sœur Marie BLANDIN, elle se marie en 1905 à Pluherlin (56) avec Jean PONDART, autre descendant de Marouaouds !

La trace de ces familles est encore visible dans les patronymes portés par les habitants de cette région.

 

Sources :

Alfred LE QUER « Colonisation et défrichement des Landes de Lanvaux entre Pluherlin et le Cours de Molac », dans Annales de Bretagne, 1952.

Pierre HERVO, articles parus dans le journal mensuel «les Infos » de 1980

 

 

 

#ChallengeAZ – L comme LE FIER DE BRAS

Après une enfance difficile et une adolescence passée durant la Seconde Guerre Mondiale, Agnès, mère célibataire depuis 1947, vit chez sa sœur aînée Lucienne à La Gare en Pleucadeuc, qui l’accueille en tant qu’ouvrière agricole après le décès de leur père cette même année 47.

Le 13 novembre 1949, elle épouse à la mairie de Pleucadeuc (56), Raymond Marie LE FIER DE BRAS, un garçon du village, domicilié au lieu-dit La Cantine, sur la route de Malestroit (56). Agnès a 23 ans, il en a 28. Ils se sont peut-être rencontrés lors de travaux des champs car ils sont tous les deux ouvriers agricoles.

Photo Raymond et Agnès

Les futurs époux n’ont pas fait de contrat de mariage ni de photo de mariés. Ils ne sont pas bien riches et leurs familles non plus. Raymond est issu d’une famille de journaliers. Agnès a perdu ses parents et vit chez sa sœur. Elle est blanchie, nourrie, logée en échange d’un travail très certainement faiblement rémunéré. Les futurs époux ne peuvent pas se permettre des dépenses folles.

Agnès a comme témoin son beau-frère, Célestin Bédard, cultivateur, époux de sa sœur aînée Lucienne. Raymond a choisi son beau-frère, Ambroise Frapsauce, époux de sa sœur aînée Léontine, couvreur sur Pleucadeuc. Ses parents sont présents.

La célébration se termine par la signature de l’acte de mariage par les nouveaux mariés et les témoins.

La cérémonie religieuse en l’église de la commune se déroulera le 15 novembre de ladite année. Un repas a-t-il eu lieu à l’issue de la messe ? Peut-être un repas plus copieux que d’ordinaire mais avec un nombre restreint d’invités. Pas comme ces repas de noces bretonnes où toute la parenté est conviée !

Ma grand-mère Agnès m’a dit un jour qu’elle n’avait pas eu droit à un beau mariage avec photo de mariés, comme sa sœur aînée… Rancune personnelle… A cette époque, trop jeune sans doute, je n’ai pas posé plus de questions.

Une nouvelle vie commence pour Agnès. Elle va quitter le domicile de sa sœur pour une petite maison située au lieu-dit La Villemène, toujours sur Pleucadeuc.

Par son mariage, elle acquiert une certaine indépendance et une belle-famille.

Son époux, mon grand-père, Raymond Marie LE FIER DE BRAS est né au lieu-dit Grand-Fô à Pleucadeuc (56) le 4 juin 1921. Il est le fils de Jean Marie et de Jeanne Marie Françoise LE CHÊNE. En 1949, la famille compte 8 enfants, Raymond est le sixième de la fratrie, le deuxième garçon : l’aîné Désiré, Léontine, Albertine, Emilie, Germaine, Raymond, Maurice et Thérèse.

Le nom LE FIER DE BRAS n’est pas un patronyme très répandu. Entre 1891 et 1990, on ne recense que 18 naissances portant ce nom en France (INSEE). En consultant les registres de l’état civil, j’ai pu constater que LE FIER DE BRAS s’écrivait également tout attaché LEFIERDEBRAS (35 naissances pour la même période) ou simplement LE FIER (11) ; cela nous donne en tout 64 naissances. Parmi mes ancêtres plus éloignés, j’ai trouvé des LE FIÉRÉ…

Quant à l’origine de ce nom de famille, plusieurs hypothèses peuvent être avancées, et chacun peut avoir son avis sur la question. Je pense que le premier porteur de ce nom devait être un fier à bras, c’est-à-dire quelqu’un fort de ses bras pour le travail, et fier d’avoir cette force, vaniteux de sa force, qui pouvait le démontrer à qui le voulait ou bien un être irascible « celui qui frappe avec le bras »…

 

 

 

 

 

#ChallengeAZ – K comme Kerantoine

Kerantoine est un lieu-dit situé sur la commune de Pleucadeuc. Il se trouve sur la route de Rochefort-en-Terre.

Carte sur le site internet de la mairie de Pleucadeuc

Kerantoine

Comme nous pouvons le constater sur cette carte, d’autres lieux-dits commencent par le même préfixe Ker : Kernantais, Kercouet, Kermarie… Ker est un mot breton qui veut dire tout simplement un lieu où il y a de la vie : une maison, une ferme, un hameau, voire même une ville ! [www.bretagne.com]

Pour Kernantais, la signification du nom du lieu est facile : la ferme des Nantais ! C’est une famille venus de Loire-Atlantique qui a créé cette ferme lors du défrichement des landes de Lanvaux. Pour Kercouet, couet voulant dire « bois », il peut s’agir d’une ferme dans les bois. Mais pour Kerantoine ?

Les ancêtres maternels de ma grand-mère Agnès, la famille Crusson, s’installent en 1869 à Pleucadeuc. Ils construisent la ferme de Kerantoine en bout de chemin.

ferme

Les Crusson font partie également de ces familles arrivées de Loire-Atlantique à Pleucadeuc pour défricher les landes et cultiver les terres pour améliorer leur rendement.

Le couple d’ancêtres qui crée Kerantoine est Jean-Marie CRUSSON, rien à voir avec Antoine, et Suzanne LEVÊQUE. Le père de Jean-Marie s’appelait Pierre, son grand-père paternel François et maternel Joseph. Le père de Suzanne se prénommait Jacques, son grand-père paternel Jean et maternel Jean Baptiste. Rien de ce côté-là non plus.

Quant à Saint-Antoine, lequel ? Il y en a plusieurs. Le plus connu, Saint-Antoine de Padoue, invoqué pour retrouver les objets perdus ?  Quel rapport ? Ou bien la terre qu’ils ont achetée appartenait à une personne qui portait ce prénom ou le premier propriétaire s’appelait ainsi… Une étude approfondie aux hypothèques m’en apprendra peut-être un peu plus.

Je ne sais pas si ma grand-mère Agnès est allée à Kerantoine. Sa mère Sidonie BLANDIN y naît en 1902 ; sa grand-mère maternelle, Aimée CRUSSON, y voit le jour en 1875.

Au décès du père de Sidonie en 1919, la famille vit à la Villebonnet en Pleucadeuc. Qui hérite de la ferme de Kerantoine après les décès de Jean-Marie Crusson (1904) et de Suzanne Lévêque (1914) ? Une autre enquête à mener…